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Actuellement stagiaire à INDP depuis deux mois maintenant, dans le cadre de mes études en logistique humanitaire, j’ai eu l’occasion d’organiser et de co-animer deux ateliers peintures qui ont eu lieu dans des écoles public de Pondichéry.
J’ai depuis toujours eu une sensibilité particulière pour les enfants, et j’ai naturellement décidé de passer mon BAFA quand j’avais 17 ans. En dehors de m’assurer un job d’été, ce diplôme m’a permis de découvrir différents types de pédagogie et d’aller à la rencontre des enfants issus de milieux sociaux différents.
Quel que soit le métier que j’exercerais dans l’avenir, je voudrais continuer à travailler avec les jeune. Pour l’instant je me destine à un métier technique, celui de logisticien humanitaire. Et le fait de continuer à travailler avec les jeunes à coté, me permettrais de garder un autre type de contact avec l’humain, en jouant à la fois un rôle d’animatrice et de travailleuse sociale.
Ce projet d’ateliers peinture permettait à la fois de satisfaire le côté technique (logistique et l’organisation), et le côté humain (intervention parmi les jeunes).
Christine Mongin, membre d’INDP France, a été à l’initiative de cet atelier peinture. Elle a souhaité mener ces ateliers, selon la méthode d’Arno Stern. Ce dernier veut offrir une plateforme d’expression par la peinture. Donc pour mener à bien cette pratique, le cadre doit être posé avec les enfants, et pendant la réalisation des peintures, l’adulte ne doit exercer aucune pression : il décide quand son dessin est terminé.
J’ai été en charge en amont du travail de préparation, au sein des deux écoles gouvernementales, et il a fallu que j’explique la démarche particulière que nous souhaitions avoir. Nous pouvions offrir cet atelier à seulement 25 enfant de chaque école, il fallait donc qu’une sélection soit faite en amont.
Nous avions demandé aux directrices de chaque école gouvernementale de choisir les candidats. Il m’a fallu me battre contre les directrices, pour qu’elles ne sélectionnent pas ceux qui dessinaient le mieux, mais qu’elles devaient nous proposer justement des enfants fermés ou réticents à ce type d’atelier.
Il était compliqué pour moi d’intervenir dans un cadre strict qu’est l’école Indienne, pour emmener l’enfant vers la liberté d’expression et l’imagination ; chose qu’il n’a pas l’habitude de faire. La pédagogie des enseignants de ces écoles indiennes étaient bien différentes de celles que j’ai pu connaitre moi, en France.
Lors de la venue de Christine Mongin, nous nous sommes rendus à trois pour animer ces ateliers, Christine, Augustin directeur et fondateur d’INDP, et moi-même. Le défis en ce début de journée était de capter l’attention des enfants et d’introduire l’atelier.
Ainsi nous avons abordé la journée à la Savarayalu Nayagar Government Girl’s High School avec une discussion, sur la question de l’art et de l’imagination. Les jeunes se sont ouverts et se sont mis à parler er à exprimer leurs sentiments. Certains ont été plus loin en partageant des témoignages très personnels. La discussion a donc institué une relation de confiance entre nous, animateurs et les, et a eu un rôle important dans le lancement de l’atelier. Cette discussion avait un rôle très important dans la réalisation de cet atelier. Elle a permis d’ouvrir la discussion et la réflexion, sur des sujets que les jeunes indiens n’ont pas l’habitude d’aborder à l’école. Voici quelque une de ces questions et propositions pertinentes : « L’art c’est pour attirer le regard, que les gens s’intéressent et regardent », « L’art peut faire prendre conscience », « L’art permet de développer l’imagination », « Pour faire de l’art il n’y a pas besoin de savoir dessiner », ou encore « L’art fait réfléchir, cela peut nous donner de nouvelles idées ».
Le jour où nous nous sommes rendu à l’école Tamizh Kanal K. Ramakrishnan Government High Shcool, c’était samedi et l’école était fermée. Les enfants, tous comme les enseignants, qui étaient venus spécialement pour notre atelier, avaient déjà fait preuve de leur motivation. Ce jour-là se déroulait également l’entrainement de Karaté hebdomadaire pour un groupe de filles, qui se sont joints à nous pour le lancement de l’atelier. J’ai été surprise, moi occidentales, face à ce groupe de fille d’à peine 13 ans qui vient tous les samedis, apprendre et pratiquer un sport de combat. Elles ont expliqué au groupe qu’elles apprenaient le karaté pour se défendre et ne plus être vulnérable dans leur milieu. Cette explication a alors soulevé la question des rêves. Les jeunes se sont ouverts, et nous ont fait part leur rêve. On sentait que chaque jeune avait un rêve pour faire face à un constat négatif de son propre pays. Parmi les participantes, une première voulait être policière pour pouvoir défendre les femmes, trop souvent oubliés et victimes de nombreuses violences en Inde. Une seconde voulait devenir médecin pour permettre aux populations les plus marginalisés un accès aux soins pour la santé. Elle a appuyé son rêve d’un témoignage personnel, puisque sa propre mère, emmené dans un hôpital privé, est décédée, faute de ne pouvoir payer des soins trop élevés pour le niveau de vie de sa famille.
Les rêves relèvent de l’imagination de chacun, et c’était une autre façon d’aborder l’art. L’art fait aussi parti des rêves. Certaines rêvaient de devenir professionnelle de karaté, d’autre peintres, d’autres danseurs ou encore chanteurs. Les jeunes ont alors rapidement parlé de plusieurs pratiques de l’art. L’art est bien trop souvent réservé aux populations favorisées, et l’objectif de cette discussion était quelque part de montrer à ces jeunes, qu’eux aussi ils peuvent faire de l’art ; l’imagination en est d’ailleurs le facteur principal.
Le pas a été facilement franchit pour une première expérience avec la peinture. Les enfants se sont très rapidement mis à peindre, mais la majorité d’entre eux peignaient des choses très représentatives et standardisées. A la fin de la matinée, nous ne pouvions pas dire que l’imagination avait déjà pris le dessus. En parallèle Augustin avait peint, quelque chose de très abstrait, de très différents de ce qu’avaient fait les jeunes.
C’est alors une nouvelle discussion qui en a découlé. Quelle est la différence entre votre peinture et la sienne ? Sommes-nous obligé de peindre quelque chose de très représentatives ? De faire des courbes parfaites ? De ne pas mélanger les couleurs ?
Après le déjeuner c’est donc un deuxième moment de peinture qui a été proposé aux jeunes. Les résultats étaient alors très différents de ceux de la matinée. Les enfants s’étaient laissé aller, l’imagination semblait alors avoir pris le dessus sur la raison de leurs réalisations. L’évolution était donc positive pour chaque jeune.
Cette journée s’est terminée par un bilan, d’une part des jeunes et d’autre part, des animateurs de l’atelier. Encore une fois les jeunes se sont livrés sincèrement sur leurs ressentis, et leurs expériences de la journée. « Jusqu’à là il y avait un thème, aujourd’hui on a du imaginer », « Les pinceaux c’était une nouvelle expérience, d’habitude on fait du dessin avec nos crayons », « Aujourd’hui j’ai peint ce que moi, j’avais envie de peindre », « J’ai aimé votre manière de discuter et de communiquer avec nous », « Aujourd’hui j’ai compris la différence entre trouver et faire, et imaginer et faire », « Il n’y avait aucune tension, nous avons pu imaginer ».
Cet atelier, mené par INDP pouvait s’inscrire parfaitement dans les préoccupations de l’UNESCO, qui fêtent du 6 au 10 mars le développement durable et la paix, à travers la question du rôle de l’éducation dans le monde. En exposant les peintures de tous ces jeunes à l’Alliance Française de Pondichéry du 4 au 12 mars, au grand public, INDP a voulu ainsi valoriser le travail et la production de chacun d’eux.
En tant qu’animatrice, en tant que travailleuse sociale, je me suis alors demandé comment ce type d’atelier avec les enfants pouvait s’inscrire dans une dynamique d’éducation. J’ai aussi découvert à quel point ce type d’activité et d’ouverture culturelle, pouvait s’inscrire dans une dynamique d’éducation.
La pratique de la peinture associée au développement de l’imagination, est une forme d’expression alternative. Laisser les jeunes s’exprimer, débattre, réfléchir ensemble, est un premier pas vers l’émancipation. Dès lors qu’un enfant, qu’un jeune, saura penser de lui-même, il sera sur le chemin de sa vie, avec des repères lui permettant de continuer à avancer. N’est-ce pas devenir citoyen que de savoir et de pouvoir s’exprimer ?

Thelma CRAVERO