Values & Philosophy

Une force d'action pour construire un monde plus juste

La coopération décentralisée désigne toutes les formes de coopération entre les collectivités territoriales de pays différents, et ce sans l'intervention des Etats. 

Elle a un champ d'application très large : elle peut se limiter à de simples relations d'amitié (jumelages) ou à de simples déclarations d'intention dans certains domaines (par exemple en matière d'échanges culturels ou de relations entre acteurs économiques).
Mais elle peut également avoir pour objet des actions d'aide technique au développement, des actions d'aide à la reconstruction après une catastrophe, des actions d'aide à la création ou à la reconstruction de services publics locaux ou à la mise en place d'une organisation locale démocratique, des actions d'échanges ou de partenariats économiques visant à créer des débouchés pour les entreprises locales, etc. (source : www.collectivites-locales.gouv.fr)

Cette interview d'Augustin Brutus, directeur d'INDP, a été menée par le Global Local Forum, dont INDP fait partie. Cet organisme se définit comme "un think tank, un réseau international francophone indépendant d’expertise et d’action sur le développement territorial et le renforcement de l’action publique locale dans le dialogue des territoires".  Augustin y fait part de sa vision de la coopération décentralisée.


Cette coopération a un champ d'application très large : elle peut se limiter à de simples relations d'amitié (jumelages) ou à de simples déclarations d'intention dans certains domaines (par exemple en matière d'échanges culturels ou de relations entre acteurs économiques). Mais elle peut également avoir pour objet des actions d'aide technique au développement, des actions d'aide à la reconstruction après une catastrophe, des actions d'aide à la création ou à la reconstruction de services publics locaux ou à la mise en place d'une organisation locale démocratique, des actions d'échanges ou de partenariats économiques visant à créer des débouchés pour les entreprises locales, etc. (source : www.collectivites-locales.gouv.fr)


Cette interview d'Augustin Brutus, directeur d'INDP, a été menée par le Global Local Forum, dont INDP fait partie. Cet organisme se définit comme "un think tank, un réseau international francophone indépendant d’expertise et d’action sur le développement territorial et le renforcement de l’action publique locale dans le dialogue des territoires".  Augustin y fait part de sa vision de la coopération décentralisée.

Quelle est votre conception de l’approche territoriale du développement, ainsi que de la coopération décentralisée dans un pays où les collectivités n’ont encore, il me semble, que peu d’autonomie ? Et pourtant l’Inde est un Etat fédéral … 

Pour nous, territoire renvoie aux populations qui habitent un espace donné et aux ressources qui y gisent. Les populations ont donc dans un passé lointain ou proche tenté de mettre en valeur un territoire bien défini en utilisant les ressources de tout type. Par le biais de cet exercice, elles ont développé des savoir-faire et savoir-être. Quand les ressources naturelles des territoires étaient conséquentes, elles ont pu et su se développer, mais dans le cas contraire elles sont parties à la recherche ou à la conquête d’autres territoires plus prospères.

Puis arriva le moment où il a fallu dépasser l’autarcie et s’ouvrir vers d’autres territoires et d’autres populations avec l’aide des axes et des moyens de communication. Pour harmoniser le tout, éviter des pillages, des prises de pouvoir, des injustices, il a fallu mettre en place des règles de conduite, des lois, des institutions, des systèmes de gouvernance pour les appliquer à tous.  

Aujourd’hui, sur les territoires de nos populations marginalisées avec lesquelles nous travaillons, nous constatons souvent des disfonctionnements. Ici, c’est le savoir-faire des populations qui est ignoré ou confisqué, là-bas ,il n’y a pas de ressources adéquates, plus loin les projets de développement proposés voire imposés par le gouvernement ou des financeurs étrangers, vont à l’encontre des populations, encore plus loin les populations engagées dans des durs labeurs de valorisation de leurs terres et produits sont isolés faute de moyens de communication et donc dans l’incapacité à pouvoir se déplacer pour vendre, acheter ou encore se soigner et étudier. Enfin dans certains endroits totalement isolés, les populations sont réduites à des variantes de l’esclavage (travailleurs liés par les dettes, règles sociales illégales). Toutes tentatives de remise en question de ces pratiques inadéquates, inhumaines, injustes sont sévèrement réprimées par la violence des expéditions punitives et des mises à sac, des viols et vols, voire des meurtres.

L’approche territoriale du développement doit donc prendre en compte les droits des citoyens marginalisés et les lois qui doivent être appliquées.

L’Inde, un sous-continent, est une fédération d’états.  Les partis politiques régionaux qui émergent tentent parfois, en ignorant l’intérêt national, de défendre l’intérêt de leur état. Cela est un passage obligé qui pourrait s’arranger par la suite. Mais, à l’intérieur de chacun de ces états il reste encore beaucoup à faire pour décentraliser et arriver à des coopérations décentralisées conséquentes.

La coopération décentralisée est avant tout une option politique, une vision et une approche d’un développement, des droits et responsabilités des citoyens et enfin de la justice sociale. La délégation des pouvoirs et des responsabilités est une obligation pour la réussir.


L’Inde est l’une des premières puissances économiques de demain. Elle est déjà la première démocratie au monde. Quelle est, vu de votre pays, et en particulier de Pondichéry, et avec la connaissance que vous avez de l’Europe et de l’Afrique notamment, votre vision de la coopération décentralisée ? De ses forces et faiblesses ?

L’Inde a encore la chance (cela ne va pas durer compte-tenu des conflits d’intérêts qui s’affrontent avec des armes inégales -petits revendeurs des villes indiennes contre Wall Mart !!!-) d’avoir différents modes de développement, de production, de vente et surtout différentes conceptions de la vie, de l’échange, du rapport entre les humains, des humains avec la nature.

L’Inde n’a rien à envier auxautres pays. Elle devrait, en misant sur ses lois, son espace démocratique, la liberté de ses institutions, on cadre, ses ressources matérielles, humaines (société civile engagée), opter pour un développement qui lui serait spécifique. Elle a les moyens pour réaliser ce que les autres pays dits ‘développés ’n’ont pas pu réaliser : un développement alliant éthique et richesses matérielles. Elle devrait se présenter comme une nation de citoyens et non comme un marché.

Elle devait apprendre surtout des échecs des autres pays et analyser en profondeur si les réussites qui lui sont présentées à renfort de grande publicité lui seront utiles. L’analyse des échecs des uns devrait être l’occasion pour les autres d’éviter de répéter les mêmes erreurs et de trouver ensemble des alternatives.

Les forces de la coopération décentralisée pourraient être le rapprochement des citoyens plus proches des réalités, dotés d’une capacité d’écoute, de compréhension, de critique, de recherche des gains mutuels et la possibilité de rétablir des équilibres socio-économiques par la mise en place des projets de développement à taille humaine adaptés aux environnements culturels et naturels.

Quant aux faiblesses, elles pourraient découler essentiellement du manque d’éthique, de comportements des interlocuteurs forts sur un plan financier profitant du cadre souple, plus ‘sympathique’ de la coopération décentralisée pour le détourner à leur profit.

Avant d’arriver aux aspects matériels, financiers des projets de coopération décentralisée, il faudrait que les interlocuteurs se prennent du temps pour partager leurs analyses du contexte local et global, leurs visions politiques et spécifiquement celles du projet en cours qui doivent faire évoluer les situations. Autres donnée primordiale :la prise en compte des aspects culturels, en admettant qu’un problème peut se résoudre de plusieurs façons et que la résolution des conflits doit aussi s’inscrire dans le temps et de façon holistique. 


Vous avez travaillé pour une grande ONG française. Quelle perception, quelle conception avez-vous de cette coopération populaire ?

La coopération populaire au sens noble du terme, coopération du peuple, fier des fruits de son travail, de sa dignité, sa militance pour que tous soient égaux peut être très instructive et bénéfique.

Les délégués des quelques coopérations populaires que nous avons organisées et conduites, qui ont mis en face des européens, des latino-américains ou africains et des indiens, ont su, malgré tous les obstacles culturels et linguistiques aller à l’essentiel, c'est-à-dire aux notions de valeurs de justice, de partage, de solidarité. L’encrage dans les réalités socio-économiques, les capacités d’analyse et la construction d’alternatives au quotidien de l’ensemble de ces délégués ont été les atouts de la réussite de l’échange. 


Vous vous intéressez en particulier à l’Education et à la Rencontre des cultures. Est-ce dans la perspective d’un développement et d’échanges économiques qui ne soient pas que Nord-Sud ?

Une grande partie des échanges économiques Nord-Sud tentent de ne favoriser que les intérêts financiers du Nord, n’hésitant pas parfois à aller à l’encontre des populations du Sud. A cette tentative s’ajoute une domination d’un nouveau type, une imposition d’une conception matérielle du développement et une dépendance du Sud face au Nord.

Les ressemblances des aspects culturels, des valeurs, des territoires sur le plan géographique, des évolutions des plans de développement et des défis des pays du Sud peuvent servir de base pour des échanges Sud-Sud, en offrant une autre conception et pratique du développement et des alternatives .